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Je suis une légende

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Francis Lawrence & Akiva Goldsman, pas seuls au monde

Par Marc Toullec (21/12/2007 à 09h23)
Vous souvenez-vous de votre tout premier contact avec la science-fiction, que ce soit en littérature ou au cinéma ?

Akiva Goldsman : Il y a d’abord eu les livres A Wrinkle in Time de Madeleine L’Engle. Des romans pour enfants dans lesquels un père scientifique manipule l’espace et le temps ! Gosse, je lisais aussi les magazines de science-fiction qu’achetait mon père, des pulps aux couvertures pittoresques, des recueils de nouvelles… A 10 ans, j’ai découvert La Planète rouge de Robert A. Heinlein, un livre qui m’a donné goût à une science-fiction plus ambitieuse. J’ai également lu Je suis une Légende à cette époque.

Francis Lawrence : Mon père aimait beaucoup les films de science-fiction des années 50 à la télévision, je les regardais avec lui. Mais ne me demandez pas les titres ! Je ne m’en souviens pas du tout. En fait, je me suis vraiment ouvert au genre avec le tout premier Star Wars, que j’ai vu à sa sortie, en 1977. Par contre, je n’ai lu Je suis une Légende que sur le tard, après qu'Akiva m’a parlé de l’intention de Warner Bros. de raviver le projet. C’était sur la fin du tournage de Constantine et j’ai d’abord découvert l’histoire sous forme de scénario. Par contre, je connaissais Le Survivant, la deuxième adaptation du livre…

 

Avez-vous aussitôt saisi l’opportunité de réaliser le film ?

Francis Lawrence : D’autant plus vite que le thème du dernier homme sur la Terre me fascine. Un sujet qui transcende les générations. Curieusement, dans bien des clips musicaux et spots publicitaires du début de ma carrière, j’ai souvent tenté de saisir la solitude et le sentiment de vide des individus seuls dans des environnements urbains déserts, comme si cela me préparait à réaliser Je suis une Légende !

 

Avec le film, aviez-vous le sentiment de marcher dans les clous de la science-fiction ?

Akiva Goldsman : Pas du tout justement ! L’histoire que raconte Je suis une Légende ne tient pas uniquement de la science-fiction ; elle est plausible et les récentes craintes de pandémie le démontrent. Au stade de l’écriture, nous n’avions pas que des films tels La Planète des singes à l’esprit, mais également d’autres comme Seul au Monde pour la performance d’acteur dans une situation similaire...

Francis Lawrence : Je me suis un peu écarté de la science-fiction classique, dans la manière de présenter New York. Pas question de tomber dans le cliché du monde postapocalyptique, postnucléaire, avec des immeubles éventrés, recouverts de poussière, un sol jonché de débris. Soit une ville vraiment sale, sombre. Nous sommes partis de cette réflexion : « Que serait New York si ses habitants la quittaient brutalement ? » Il semblait évident que la nature, peu à peu, reprendrait ses droits, que les voitures rouilleraient progressivement… Quelque chose de crédible, de possible. A ce niveau, aucun film de science-fiction ne m’est venu à l’esprit : j’ai surtout pensé en termes de western, de ville fantôme du Far West… Le western m’a guidé. Je suis une Légende réutilise la figure solitaire, le danger qui menace, Monument Valley est représenté par ces immeubles gigantesques, il y a le chien errant également… Ce qui vit Robert Neville ressemble assez à ce que vivrait un type seul, perdu dans la savane africaine et confronté à des lions.

 

Le thème du dernier homme sur la Terre a été abordé avant Je suis une Légende. A maintes reprises…

Akiva Goldsman : Oui, il y a eu deux précédentes adaptations du livre de Richard Matheson, intitulées The Last Man on Earth (NDLR : titré en France, en 1964, Je suis une Légende) et Le Survivant. Mais deux autres me revenaient plus fréquemment en mémoire, Le Monde, la chair et le diable avec Harry Belafonte et, Time Enough at Last, un épisode de « La Quatrième Dimension »Burgess Meredith, seul rescapé d'une guerre atomique, casse ses lunettes alors qu’il nourrissait le rêve de consacrer tout son temps à la lecture !

 

Les flashes-back et certains détails médicaux indiquent que vous vous êtes davantage fiés à une documentation scientifique qu’aux ressources de la science-fiction…

Francis Lawrence : Oh oui. J’attache une grande importance aux recherches. Pour être crédible, la science-fiction a besoin de se construire sur une réalité bien solide. C’est pourquoi, j’ai rencontré des médecins, des virologues et des responsables des autorités sanitaires pour ce qui touche aux procédures d’évacuation, de quarantaine. J’ai également veillé à ce que l’équipement médical de Robert Neville corresponde aux recherches qu’il mène. Pas question de faire n’importe quoi, d’étaler des tubes et éprouvettes qui soient là dans le seul but de meubler !

 

Pour adhérer au plus près à la réalité, n’aurait-il pas été plus adéquat d’utiliser de vrais comédiens maquillés plutôt que des effets spéciaux digitaux ?

Akiva Goldsman : Ça se discute. Ce n’est qu’après avoir testé des maquillages sur des comédiens que nous sommes arrivés à des mutants intégralement digitaux, car les premiers ne donnaient pas ce qu’on attendait d’eux, tant au niveau de l’aspect que du jeu. Il ne faut pas perdre de vue que les mutants survivent dans un monde hostile depuis trois ans, qu’ils ont changé sous l’effet de la contagion. Ils se sont tellement métamorphosés qu’ils n’ont plus grand-chose d’humain. Si nous avions choisi d’en faire des morts-vivants aux yeux injectés et bavant du sang, nous aurions certainement embauché des acteurs et des figurants, mais ce n’était pas notre intention. Nous voulions des créatures dont les muscles se voient sous une peau translucide, des créatures dont les mâchoires s’étirent vers l'avant et dont la respiration est si forte qu’aucun comédien ne peut reproduire les contractions de la poitrine… En désespoir de cause, nous avons tourné les scènes avec des acteurs pour, ensuite, les remplacer par des doubles digitaux qui faisaient exactement ce que nous désirions !

 

Francis Lawrence : Ironiquement, au premier stade du développement, nous avons commencé par envisager des effets spéciaux digitaux, mais ils étaient si chers à produire que nous avons préféré engager des cascadeurs, danseurs et comédiens. Après quoi, nous les avons réunis dans une espèce de « boot camp », avons rasés les cheveux, les avons maquillés… Au terme d’une journée de tournage et de tests, il était évident que nous faisions fausse route, que les gestes et l’abandon que nous souhaitions allaient au-delà des possibilités d’un être humain !

 

Ça vous dérange que l’on associe Je suis une Légende à une tradition de films de morts-vivants surtout marquée par ceux de George A. Romero ?

Francis Lawrence : Pas vraiment, même si, de notre point de vue, ce n’est pas un film de zombies ! Disons que Je suis une Légende est un hybride, à la fois une petite histoire intimiste qui concerne un personnage dans un appartement calfeutré. Dès qu’il met les pieds dehors, il entre dans un autre film, dans une grosse production hollywoodienne.

 

Je suis une Légende fait un excellent démarrage au box-office américain. Pourtant le film n’a rien de réjouissant en cette période de fêtes…

Akiva Goldsman : C'est vrai, d’autant plus qu’il s’appuie sur un seul personnage, qu’il n’y a pas réellement de méchants à tuer dans cette histoire, que les dialogues se limitent à peu de mots et que la fin verse plutôt dans le pessimisme !

 

Francis Lawrence : Un pessimisme tout de même teinté d’une lueur d’espoir ! Si le film touche à ce point les gens, c’est qu’ils se projettent dans la situation que vit Robert Neville. Le public se reconnaît en lui et s'identifie : « Mais que ferais-je, moi, si j’étais le dernier homme sur la Terre ? »

 

Et que pense Richard Matheson de votre film ?

Francis Lawrence : Il l’a aimé à notre grand soulagement ! Il nous a même écrit une belle lettre pour dire à quel point il l'apprécie. Nous avons établi très tôt un contact avec Richard Matheson. Avant de tourner, nous lui avons envoyé le scénario. Nous l’avons invité sur le tournage, mais son âge et son état de santé ne lui ont pas permis de nous rendre visite.

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