L'Orphelinat |
Amoureux de cinéma depuis l’enfance, réalisateur de courts-métrages et de clips musicaux qui lui valent une flatteuse réputation de technicien virtuose, Juan Antonio Bayona aura attendu ses 32 ans avant de passer à la vitesse supérieure. Avec un premier long-métrage, L’Orphelinat, thriller surnaturel qui, en Espagne, connaît un succès sans précédent…
L’Orphelinat traite de peurs universelles. La peur de la mort, de l’absence. La peur de grandir, d’entrer dans le monde des adultes, de prendre des responsabilités… Dans cette histoire, ce n’est pas l’enfant qui devient un adulte, mais l’adulte qui redevient un enfant.
Je n’ai pas voulu illustrer le scénario comme beaucoup le font aujourd’hui, dans l’excès, la surenchère des effets spéciaux et du son. Au contraire, je préfère les silences et la pénombre. C’est de ça que naît l’inquiétude, puis la peur. Je n’ai néanmoins pas tourné L’Orphelinat en réaction à la tendance actuelle du genre ; je l’ai fait en fonction des mes goûts et de ma sensibilité.
Vous avez raison, mais pas dans ce sens. J’appartiens à une génération née sous la démocratie, après la mort de Franco, et, à ce titre, je n’évoque pas les longues années de dictature ou la manière dont j’aurais pu les vivre. Mes références vont au cinéma lui-même, même si beaucoup de mes préoccupations se retrouvent dans le film.
Même si je suis amateur de cinéma américain, je demeure très attaché au cinéma européen dans sa façon d’appréhender les choses. En Europe, on ne se demande pas « comment une vache peut-elle voler ? », mais « pourquoi vole-t-elle ? ».
L’Orphelinat est le produit des films que j’ai vus et assimilés depuis que je suis gamin. Tout ce que je vis et ce que je vois exerce une influence sur mon travail. Je reconnais une grande influence de L’Esprit de la ruche et, surtout, de Cria Cuervos que j'ai essayé d'évoquer dans L’Orphelinat. Et pas seulement à travers la présence de Geraldine Chaplin !
A l’image de Cria Cuervos, tous les films politiques et sociaux agissaient sur moi comme des films d’horreur tant ils reflétaient, par la lourdeur de leur atmosphère et la dureté des lumières, les oppressions de l’époque. Plus récent, Le Labyrinthe de Pan m’a également influencé. Du Suspiria de Dario Argento, j’ai retenu l’usage de la couleur pour certaines scènes. J’ai aussi montré La Résidence et Les Innocents à Oscar Faura, mon chef opérateur, de façon à ce qu’il s’inspire de leur utilisation des objectifs de caméra. Ce sont surtout Le Locataire et Rencontres du troisième type qui m’ont servi de modèles. Rencontres par la manière dont Laura accomplit un destin proche de celui de Richard Dreyfuss. Le Locataire par la façon dont Roman Polanski mêle un sens de l’absurde aux détails du quotidien.
Le producteur idéal ! Jamais il n’a interféré dans le processus créatif. Non seulement Guillermo Del Toro est un grand réalisateur, mais c’est également quelqu’un de sensible, de généreux… Je l’ai rencontré pour la première fois il y a une quinzaine d’années. Il m’a toujours encouragé. Au fil des années, je n’ai pas cessé de lui montrer mes courts-métrages, mes clips musicaux… Au bout de dix ans, il m’a demandé pourquoi je n’avais pas encore abordé le long-métrage, et c’est sans doute pour y remédier qu’il m’a proposé la réalisation de L’Orphelinat.
Oui, et également Les Autres ! Dans le genre, les similitudes sont pratiquement inévitables, car les thèmes restent les mêmes, quoi qu’on fasse. Au niveau de l’écriture, nous avons cependant tout fait pour éviter une trop grande parenté et pour sortir des sentiers battus.
Non, mais je me le suis approprié. Dans la mesure où le scénario avait été écrit il y a dix ans, il m’offrait cette opportunité. Il fallait aussi le remettre d’actualité, revoir certaines choses. Avec son auteur, Sergio Sanchez, nous l’avons pratiquement repris à zéro, sur la base de cette question simple : pourquoi Laura revient-elle dans cette maison, où elle a grandi ?
Entre L’Orphelinat et mes courts-métrages précédents, il existe de nombreux liens, comme le conflit entre le monde des adultes et celui des enfants. Au scénario de Sergio Sanchez, j’ai aussi ajouté des détails de ma propre enfance, notamment concernant le personnage de Simon.
Dans la mesure où Laura stagne, fuit les responsabilités et ne sait pas où donner de la tête, il fallait que le décor représente un espace mental qui lui ressemble, qu'il soit par conséquent unique et fermé. Il n’a pas été facile de trouver le cadre que nous recherchions, d’autant moins qu’il fallait une grande maison afin que l’histoire soit crédible, mais pas immense pour autant.
Après de longues recherches, nous l’avons trouvée dans les Asturies, dans le nord de l’Espagne. Elle présente la caractéristique de présenter quatre façades bien distinctes qui donnent l’impression que la maison se métamorphose en permanence. Etrangement, vue de loin, elle paraît assez petite, mais, plus on s’en approche, plus ce sont les hommes qui sont submergés par son volume. Cette maison semblait toujours nous tromper, nous leurrer. Ce qui me convenait tout à fait, car je tenais à ce que le décor évolue au même rythme que l’état mental de Laura.
Les intérieurs, nous les avons reconstitués en studio, de manière à pouvoir se permettre des mouvements de caméra sophistiqués, impossibles sur place. La tête pleine d’images des Innocents et de La Maison du Diable, je voulais faire les choses à l’ancienne, même si tout le décor a été entièrement reconstitué en maquette 3D afin que le chef opérateur puisse anticiper sur le moindre cadrage.
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