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Two Lovers

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James Gray, amours cannoises

  • Two Lovers James Gray était cette année à Cannes pour y présenter Two Lovers qui faisait partie de la sélection officielle de ce 61e Festival. Un drame amoureux où l'on retrouve Joaquin Phoenix, l'acteur fétiche du metteur en scène, mais aussi Gwyneth Paltrow et Vanissa Shaw. Compte-rendu de la conférence de presse.

     

Par Florent Rodier (18/11/2008 à 11h49)

 

Un an seulement s'est écoulé entre La Nuit nous appartient et Two Lovers. Ce n'est pas dans vos habitudes de retravailler aussi rapidement...

J'ai travaillé vite pour deux raisons. D'abord j'avais déjà écrit le script et je savais que j'allais le tourner. Deuxièmement, j'ai eu la chance de rencontrer des financiers qui m'ont aidé et qui m'ont laissé la liberté de tourner et de monter le film comme je le voulais. Je n'avais pas de pression pendant le tournage et les acteurs que je souhaitais ont tout de suite dit oui, ce qui est rarissime et merveilleux. Je suis très reconnaissant envers Joaquin, Gwyneth et les autres acteurs. J'ai eu beaucoup de chance que tout le monde me dise oui. C'est pour ça que le film s'est fait aussi rapidement.

 

Two Lovers se différencie de vos précédents films, car ce n'est pas un polar. Mais c'est encore un film sombre.

Je n'ai jamais envisagé que ce film devrait être une comédie romantique. Il est difficile de présenter une histoire d'amour sous un angle sérieux. On en arrive presque à un degré de délire lorsqu'on est amoureux au début. Les gens agissent un peu comme dans les films de Lubitsch. J'avais aussi l'intention de montrer ça. Ceci étant, le défi était de présenter les choses de manière sérieuse.

 

Pourquoi ce changement de registre ? Quelles ont été vos motivations, vos inspirations ?

J'étais obsédé par le fait de réaliser quelque chose sans aucune violence physique, quelque chose de très différent de mon parcours passé. J'ai été inspiré par une conversation avec Gwyneth qui n'avait aucun rapport avec le film. Je lui ai dit que je voulais travailler avec elle mais elle m'a répondu que je réalisais des films où tout le monde mourait. Elle m'a alors dit : « Réalise un film où personne ne meurt et j'y participerai. » Elle a été une grande source d'inspiration pour moi.

 

Vous privilégiez l'aspect dramatique au souci de réalisme. Pour vous, il n'est pas question de représenter la réalité mais de la transcender ?

La réalité absolue est tellement ennuyeuse. Je me réveille le matin, mon fils grimpe sur moi, je me brosse les dents, ce n'est pas du tout intéressant de regarder la réalité. J'ai toujours peur des cinéastes qui veulent à tout prix être réalistes. Ça ne veut rien dire. La question n'est pas : est-ce réel ? La question est : est-ce intéressant ? Ce que dit Gwyneth est très vrai. Je suis obsédé par la notion d'engagement total. Il n'y a pas de distance ironique entre l'acteur et le personnage, le personnage et le film. Les Nuits de Cabiria de Fellini est en cela l'une des œuvres d'art les plus abouties que j'aie jamais vue parce qu'il n'y a aucun moyen de prendre de la distance, du recul par rapport à Giulietta Masina. Il n'y a aucune barrière. C'est comme l'opéra où les émotions affleurent. Je ne vois pas l'intérêt de créer quelque chose avec de la distance, avec de l'ironie parce qu'on peut toujours prendre du recul et se dire : « C'est eux, ce n'est pas moi, je ne fais que les regarder. » Ce n'est pas une expérience cathartique, ce n'est pas de l'art.

 

Comment vous situez-vous actuellement à Hollywood ? N'avez-vous pas l'impression d'être boudé par l'industrie du cinéma et le public américain ?

Lorsque j'entends dans les studios des gens me dire que ce que je fais n'est pas ce que veut le public, j'ai envie de les tuer parce qu'on n'est quand même pas obligé de présenter au public ce qu'il souhaite. Je ne dis pas que mes films sont géniaux mais ils sont différents. Il ne faut pas s'attendre à ce que le public les accepte immédiatement... En fait, ce que je dis n'est même pas tout à fait vrai. Je crois que mes films sont différents de que ce que les studios imaginent, je crois que le public est beaucoup plus ouvert que les studios ne l'imaginent. Mais les studios croient tout savoir.

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