Moscow, Belgium |
Pour son premier long métrage, le débutant et Flamand Christophe Van Rompaey déboule avec Moscow, Belgium dans le genre pourtant très balisé du film social. Mais il tire habilement son épingle du jeu en évitant les clichés, et en ciselant une comédie farouche et lucide. Un des coups de cœur de la Semaine de la critique 2008.
Je suis venu au cinéma par la musique et le son, deux éléments qui m’intéressaient plus particulièrement. C’est ainsi que j’ai intégré une école de cinéma et que j’ai découvert alors le pouvoir narratif de l’image. Je me suis dit que l’on pouvait faire quelque chose avec cela. Puis j’ai fait toutes de boulots possibles, j’ai porté les cafés, travaillé au son et à la lumière, joué les figurants, touché à la production avant de réaliser trois courts métrages qui ont remporté un certain succès dans les festivals. Ensuite, j’ai travaillé pour la télévision belge durant de nombreuses années.
Jean-Claude Van Rijckeghem, qui est mon producteur, que je connais depuis de nombreuses années et auquel j’ai souvent proposé pas mal d’idées, me faisait régulièrement le reproche d’être trop sombre dans mon écriture. Un jour, il m’appelle pour me faire lire un script dont j’ai immédiatement apprécié le mélange de dimension humaine, de social et d’humour… Sans que cela soit pour autant trop déprimant (rires). C’était il y a cinq ans et j’en étais sans doute à un moment de ma vie où l’envie de faire un film était plus forte que tout. Même si je n’étais pas l’auteur, je me sentais particulièrement proche des personnages de cette histoire. C’était une peu comme si je les avais moi-même écrits. J’aimais l’idée de cette femme et de cet homme se rencontrant au moment où leur vie respective est sur le bouton 'pause'. Et qu’ensemble, ils redémarrent une histoire et appuient de nouveau sur celui de 'play'.
J’ai besoin, depuis toujours, d’un personnage central qui soit le fil narratif de mes histoires. Dans le scénario d’origine, il y avait des scènes où n’apparaissait que Johnny ou les enfants. J’ai eu besoin que Barbara soit présente dans chaque séquence du film. Que l’on voit cette histoire par l’intermédiaire de son regard, de son parcours et de son expérience personnelle. Mais sans que jamais son jugement sur les autres, son mari par exemple, ne vienne interférer d’une quelconque manière que ce soit. Je voulais que l’on puisse comprendre les agissements de chacun. Que personne ne soit montré ou envisagé comme un salaud ou une victime. Et enfin, que la complexité de chacun des protagonistes soit à l’écran, participe à l’histoire, soit son moteur. Eviter à tout prix les stéréotypes que le cinéma social peut entraîner. Ainsi que les sympathies spontanées, trop souvent de l’ordre de la commisération ou au contraire les antipathies trop manichéennes. C’était primordial pour moi si je voulais qu’on comprenne les personnages, collectivement et individuellement.
Un peu comme Barbara pour le scénario, il m’a fallu trouver un angle d’approche principal. J’ai choisi de filmer avec une seule focale, ce qui peut paraître un peu contraignant, surtout en extérieur où cela limite la taille du cadre et empêche par exemple de faire des plans très larges. Mais j’aimais cette idée de rester proche de la réalité. Je souhaitais rester dans le champ de vision de mon héroïne. J’ai d’ailleurs procédé de la même manière pour le son, on ne perçoit à l’écran que des bruits qu’elle peut vraiment entendre. Autant de partis pris qui m’ont permis de trouver une dimension et une force réaliste à cette histoire. Ce qui m’a permis d’être toujours à la frontière du rire et de la tragédie, et de mettre en évidence le libre-arbitre de mon héroïne.
J’aime beaucoup filmer en plan-séquence car en termes de direction d’acteur, cela fonctionne particulièrement bien. De faire exister des personnages qui ne sont pas nécessairement développés dans le scénario – je pense aux enfants par exemple - mais qui peuplent l’univers de mon héroïne, sont omniprésents et déterminent son quotidien. Donc le montage m’a permis de faire exister l’univers de chacun, de marquer son existence, son ‘territoire’, même si celui-ci ne participe pas à proprement parler à la narration.
Elle était inconnue en Belgique alors qu’elle a derrière elle une belle carrière internationale puisqu’elle a tourné entre autres avec Peter Greenaway et Roman Coppola… Je crois d’ailleurs que Barbara Sarafian était victime de cette idée toute faite que, du moment où elle travaillait à l‘étranger, elle n’avait pas besoin de faire de films ici. Je cherchais une actrice qui puisse parler le dialecte particulier du film qui est le gantois (alors que les films flamands préfèrent une langue plus écrite mais que tout le monde peut comprendre) et qui ait l’âge du rôle. Barbara s’est tout de suite imposée. Le fait qu’elle ne soit pas connue a été un réel problème car un premier film nécessite de mettre toutes les chances de son côté. Et un nom célèbre en est une. Or entre un dialecte que personne ne comprend et des acteurs que personne ne connaît, je ne mettais aucun atout dans mon jeu (rires). Mais je ne regrette pas une seconde de l’avoir choisie. Elle est exceptionnelle.
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