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Xavier Gens

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Karina Testa & Xavier Gens : copains comme cochons

  • Karina Testa & Xavier Gens : copains comme cochonsDans le film d’horreur, il y a, devant la caméra, celle qui subit et, derrière, celui qui fait subir. Dans Frontière(s), ce sont Karina Testa et Xavier Gens, respectivement victime et bourreau, comédienne et réalisateur, d’une excursion dans une France profonde où produits du terroir et anthropophagie se conjuguent parfaitement…

  • Par Marc Toullec (01/08/2008 à 12h55)

 

Comment un réalisateur parvient-il à convaincre une comédienne douce et fragile de s’engager dans un projet aussi trash que Frontière(s) ?

Xavier Gens : En lui annonçant la couleur ! A Karina, j’ai d’abord dit : « Bon, tes beaux cheveux longs, c’est fini. Maintenant, c’est la boule à zéro ! ». J’ai ensuite enchaîné sur la description de tout ce qui l’attendait, depuis les scènes gore bien gluantes à la plongée dans la fosse à purin. Les larmes aux yeux, elle m’a répondu : « Oui ! ».

 

Karina Testa : (grands rires). Xavier dit vrai ! Ayant toujours rêvé de tourner un film de ce genre, je n’ai pas voulu raté l’occasion, même si, avant lui, je n’avais jamais rencontré de réalisateur fou de films d’horreur. Comme il avait l'air mentalement équilibré, il n’y avait aucun obstacle à ma participation à Frontière(s). Une vraie expérience au regard de ce que j’avais fait auparavant, des choses nettement plus douces.

 

Dans de précédentes interviews, vous mentionnez fréquemment le dévouement de l’équipe. Comment cela s’est-il traduit ?

Xavier Gens : Incroyable. Jamais je n’avais connu ça, autant sur les films pour lesquels j’avais été assistant que pour ceux que j’ai réalisés, des courts jusque-là. Je pense que l’absence d’enjeu financier y a beaucoup contribué. D’emblée, c’était « OK tout le monde, acceptez-vous de mettre, pendant plusieurs semaines, votre vie entre parenthèses, ceci pour un cachet minuscule ? » A partir de ce moment, ceux qui ont répondu positivement se sont engagés à 200 %, autant les techniciens que les comédiens, une bonne quarantaine de personnes au total. Qu’importe les heures supplémentaires non payées. Qu’importe certaines grosses journées durant lesquelles on cumulait les trois-huit. Qu’importe l’absence de confort, de loge et de douche pour les acteurs… Qu’on aime ou pas le film, impossible de ne pas y ressentir la générosité, la gentillesse de tous !

 

On raconte que vos rapports avec l’un des producteurs de Frontière(s) n’étaient pas des meilleurs…

Xavier Gens : Oh bien ! A dire vrai, on ne parlait pas du même film. De mon côté, je voulais un film gore, trash, sans compromis. De son côté, il avait en tête une sorte de thriller, plutôt soft dans la violence. Non merci. Du coup, je tournais en douce les scènes les plus horrifiques. Hors des horaires de travail, avec la complicité de l’équipe. Quand Luc Besson a repris le film, le problème ne s’est plus posé.

 

La simulation de la terreur demande, surtout de la part d’une comédienne, de la voix…

Karina Testa : Ce n’est pas tout d’avoir de la voix, encore faut-il la garder car, au bout de plusieurs prises, les cordes vocales chauffent et vous risquez l’extinction ! En sept semaines de tournage, j’ai pratiquement crié tous les jours. A cette fréquence, il faut que ça vienne du ventre et pas de la gorge. Sinon, c’est fichu. Après Frontière(s), j’ai participé à un atelier d’art dramatique et on m’a alors demandé de crier. Impossible de le faire, comme si j’avais tout donné à Xavier et au film !

 

Xavier Gens : Savez-vous que Frontière(s) intègre le cri de Wilhelm ?

 

Le cri de… ?

Xavier Gens : Oui, le cri de Wilhelm, un clin d’œil entre ingénieurs du son. Il existe depuis Les Aventures du capitaine Wyatt avec Gary Cooper, au début des années 50. Puis Ben Burtt l’a ensuite repris dans le premier Star Wars, Indiana Jones et le Temple mauditRobocop, Starship Troopers le mentionnent aussi. Je crois qu’il y existe une cinquantaine de films qui le reprennent, ce cri, dont Frontière(s).

 

Karina, la scène dans laquelle vous plongez littéralement dans le purin impressionne par son réalisme…

Karina Testa : Et pour cause : c’était les toilettes de Xavier Gens ! Comme il a considéré que l’eau était vraiment trop propre, il y a remédié pendant un mois par des moyens naturels (rires).

 

Xavier Gens : Quant même pas ! Si l’eau était si dégueulasse, c’est surtout grâce aux cochons que nous avions sur le plateau ; ils venaient y boire, se baigner. La scène n’a pas été facile. Pour montrer à Karina qu’il était possible d’y plonger et de remonter à la surface, de l’autre côté de l’enclos, notre accessoiriste l’a d’abord testée.

 

Karina Testa : Sous la grille, la cavité étant assez étroite et moi portant un gros collier, je ne tenais pas à rester bloquer et à étouffer dans toute cette merde ! N’empêche que, lors de ma plongée, j’ai senti que le collier me bloquait. J’ai paniqué et, tétanisée, je suis aussitôt remontée. Vraiment terrifiant, surtout que je n’y voyais rien !

 

Xavier Gens : Evidemment, c’est la prise que j’ai gardée ! Franchement, moi, je ne l’aurais pas fait.

 

Xavier, avec un sévice pareil ajouté à d’autres, n’y-a-t-il pas une certaine perversité refoulée qui s’exprime ouvertement ?

Xavier Gens : A Karina de le dire ! C’est plutôt ma mémoire de cinéphile qui s’ouvre et me pousse, plus ou moins consciemment. En fait, je dois beaucoup à Massacre à la tronçonneuse. Plus encore, pour Frontière(s), c’est un documentaire consacré à Ed Gein, le tueur en série à l’origine du film, qui m’a dicté mes choix. J’y ai appris qu’il habitait une ferme, qu’il suspendait ses victimes par les chevilles à des crochets de boucherie, ceci après les avoir vidées comme des porcs… Je montre cette réalité dans Frontière(s), ma version officieuse de Massacre à la tronçonneuse. Les cadavres, Tobe Hooper les suspend aussi à un crochet, mais planté dans le dos. Ce qui ne fonctionne pas en vérité, le corps ne pouvant que glisser… A l’époque, vu les effets spéciaux, il ne pouvait pas faire autrement qu’équiper les comédiens d’un harnais ! En clair, j’ai bien étudié mon affaire afin d’approcher au plus près de la vérité.

 

Et vous Karina, avez-vous potassé le sujet ?

Karina Testa : Oh oui ! Je me suis documentée sur la torture, les supplices. C’est ainsi que je me suis retrouvée à recouvrir les murs de ma chambre de photos assez atroces. Je voulais me mettre dans l’ambiance !

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