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Frédérique Bel

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Frédérique Bel croque dans la toile

  • Frédérique Bel croque dans la toileCraquante, agaçante, déconcertante, la blonde qui embrasa Canal+ le temps d'une minute montre les dents. Avec un appétit teinté de gourmandise, une pincée d'ingénuité, Frédérique Bel croque peu à peu dans la toile, par petites bouchées. La voilà se jouant des vampires dans Les Dents de la nuit et ce avant de devenir Vilaine sous les regard conjugués de Jean-Patrick Benes et Allan Mauduit, les deux scénaristes des mêmes quenottes nocturnes. La comédienne se met à table.

     

  • Par Gwen Douguet (05/08/2008 à 14h30)

 

Hélène de Fougerolles s’est paraît-il démenée pour obtenir son rôle. Et vous ?

Son rôle m’était au départ attribué. Mais comme j'étais dans une envie plus qu’une stratégie, et que je cherchais des personnages à contre-emploi de la blonde - loin de celui de la Minute-Blonde -, j'ai trouvé celui de Jessica (jouée par Hélène de Fougerolles) un peu trop proche. Etant désireuse de trouver de nouveaux challenges, de montrer que je n’avais pas le monopole de la blonde, j’ai flashé sur le personnage d'Alice, la tueuse de vampires plutôt physique. Mais comme il avait été donné à Hélène, je lui ai donc proposé d’inverser. Seul souci, les producteurs n’étaient pas chauds. Je suis donc partie du projet avant que tout ne s’arrange.

 

C’est un peu Alice loin du pays des merveilles ?

Mon personnage est assez rêveur, un peu comme Alice justement. Il est assez touchant, sensible. Je voulais montrer qu’elle combat sa propre sensibilité comme elle combat instinctivement les vampires. J’ai essayé d’en faire une battante évoluant au fil de l’action. Soucieuse d’aller à l’encontre des films choral habituels, dans lesquels les personnages sont souvent stéréotypés, figés. Je voulais commencer avec une Alice molle du genou et triste, avant de la rendre plus combative.

 

Stephen Cafiero et Vincent Lobelle, les deux réalisateurs, viennent de la pub. Ont-ils opéré en vous vampirisant à votre insu ?

Pas du tout. Au contraire, j’ai ajouté des choses qui n’étaient pas écrites. Je me suis ainsi un peu amusée à tomber amoureuse de tous les personnages rencontrés. Et alors que je croyais qu’ils me laissaient le faire volontairement, ils m’ont dit s’en être aperçus seulement au montage. Ce film est une bonne surprise. J’aime les contrastes, comme jouer un personnage sensible dans un film « entertainment ». J’aime l’idée d’être toujours un peu hors-sujet.

 

Vous dites ne pas être une actrice qui compose, que vous ne le serez jamais. Alice, c’est vous ?

C’est moi quand je pleure, au début. Mon ancienne prof de théâtre me disait « quand tu pleures, j’ai envie de rire. » Je ne vais jamais contre mes émotions ressenties sur le plateau. C’était quoi la question ?

 

Actrice qui compose ?

J’ai un physique particulier, assez stéréotypé au niveau du corps, assez étrange du côté du visage. Je suis assez anguleuse, dotée d’une voix particulière et ne pourrais jamais composer quelqu’un de très éloigné de moi. Lors des castings l’on me disait tout le temps « vous êtes une nature ». Je ne voulais pas être actrice, j’ai été mannequin, fais des études pour être prof de lettres. J’ai tout arrêté, suis devenue hôtesse, gogo danseuse, actrice de publicité, fait quarante pub en deux ans. On me disait « t’es une super actrice » ce à quoi je répondais « non mannequin, si ce n’est que j’aime bien me rouler par terre et me vomir dessus comme dans Gröland. » Je me suis rendu compte que j'ai une nature à développer mais pas à transformer. Le danger étant de faire comme tout le monde, j’ai essayé de garder ma spécificité. Plus l’on joue ce que l’on n’est pas, moins on sait qui on est. Je ne compose pas dans le sens ou je ne suis pas transformiste. Dans Vilaine (le film sort le 12 novembre), je fais une garce, Nelly Oleson (« La Petite Maison dans la prairie », ndlr) à côté c’est du pipi de chat. Je m’efforce de rendre toujours le personnage attachant, d’une manière ou d’une autre. J’aime l’idée des sous-entendus, de me voir offrir des archétypes pour mieux les transformer.

 

Vous évoquez votre physique. N’est-il pas un frein à aller plus loin dans certains rôles ?

J’ai un physique correspondant assez à ma génération. J’assume, je revendique le fait d’être une femme. Dans La Minute Blonde je parlais en jouissant, trouvais amusant de pasticher un peu Bardot. Petite je demandais à ma mère si plus grande j’aurai des seins, si je pourrais lever la jambe très haut…. ? Et je me suis retrouvée presque prof de français, pensant en même temps qu’il était dommage d’avoir un joli corps et de ne pas pouvoir montrer aux autres que l’on peut l’incarner, en rire. Le fait de l’assumer aujourd’hui a quelque peu décontenancé. Mais je n’en abuse pas, ne vais pas minauder. J’essaie d’ajouter quelque chose. Mon corps est un peu comme un attrape-bouche. J’apporte en plus de la tendresse, de la chaleur humaine, de l’humour à des moments où l’on ne s’y attend pas. C’est un peu ce qui s’est passé avec le film de Emmanuel Mouret (Changement d’adresse) en disant des énormités avec naturel, sans être vulgaire. Cela ne me dérange pas d’être classée dans les jolies filles, mais cela serait embêtant de n’être jugée que comme cela.

 

Une description au début des Dents de la nuit vous décrit comme quelqu’un ayant les « seins arrogants et les fesses aussi dures que des noix du Burkina Faso » ?

Ils sont gentils avec moi.

 

Je ne connais pas les noix du Burkina Faso.

Moi non plus. Si cela se trouve elles sont bonnes !!!

 

Quand vous êtes sous le drap, censée jouer une morte, l’un des vampires tente de vous faire rire en racontant des blagues de blondes. Comment voyez-vous cela ?

Comme un clin d’œil. Les dialogues n’étaient pas servis sur un plateau à ma seule intention.

 

Les deux réalisateurs débutent au cinéma, que diriez-vous à leur sujet ?

Ils ont un vrai potentiel. Ils sont plus dans le cinéma d’entertainment que dans la profondeur de la direction d’acteurs. Les films d’action, de suspense, drôles me semblent être un bon terrain de jeu pour eux. Je ne les vois pas aller vers le cinéma d’auteur, intellectuel. Heureusement d’ailleurs car je suis aussi très contente de faire de l’entertainment.

 

Ce qui ne vous empêche d’approcher autre chose ?

C’est assez bizarre, mais les gens n’arrivent pas trop à me classer. Je peux faire un Mouret et à côté des grosses comédies comme Camping, Safari, sans parler des Dents de la nuit qui fut une très belle surprise.

 

A propos de comédie, que pensez-vous des dialogues parfois gonflés des Dents de la nuit?

Une vanne se travaille, ils ont su prendre les bons acteurs pour la rendre fraîche, légère. Une vanne ne se porte pas comme un poids. Si elle est vulgaire, il faut la dire tendrement et inversement, toujours essayer de trouver des tons. C’est très difficile. Il n’y a rien de plus dur que l’humour. Stephen et Vincent s’en sont super bien sortis. Pour un premier film les gens rient dans la salle. Ils sont assez courageux de porter à bout de bras un nouveau genre qui n’existe pas encore en France, à savoir la comédie d’horreur façon Shaun of The Dead.

 

Sam Karmann, Tcheky Karyo disent s’être amusés et n’avoir été que sur la réaction ?

Cela s’est effectivement très bien passé. Je suis une fan de ces vieux de la vieille…

 

Ils ne sont pas si vieux…

Je me considère comme une actrice de la jeune génération. Ils sont charismatiques, n’ayant plus rien à prouver. J’adore Karmann depuis la première heure. Stephen et Vincent ont été courageux de les mettre face à nous, des petits nouveaux. En conséquence, j’ai eu très peur au début en voyant autant de gens différents et puis cela s’est parfaitement déroulé.

 

Comment sait-on (en faisant un mauvais jeu de mots) que l’on est à sang pour sang ?

Le cinéma fait assez mal, mine de rien. On donne, on donne, des choses grossières, subtiles, entre les deux sans savoir ce que le réalisateur va en faire. Comme si on lui amenait une cagette de fruits avec des pourris, des pas trop mûrs, des bien mûrs, ignorant la recette qu’il va composer. Votre rôle peut avoir des goûts différents selon les prises qu’il choisira, ce qui est assez effrayant. J’essaie donc de ne pas y penser en jouant. J’ai souvent du mal à aller voir les rushes. Là, je suis assez contente car tout ce que j’ai fait est à l’écran. Au montage, ils ont su parfaitement doser ce que j’avais mis dans le personnage, ont été très respectueux du travail des comédiens, ce qui est assez rare.

 

José Garcia, Eric et Ramzy, Antoine de Caunes, les Robins des Bois, Louise Bourgoin... Canal + est-elle une bonne école, un parfait tremplin ?

En ce qui me concerne, c’est une succession de hasards. J’avais proposé La Minute blonde à toutes les chaînes, essayé de la vendre pendant trois ans. Aucune femme ne s’était prêtée au jeu de la mini-fiction avec un programme humoristique, revendiquant en même temps des choses sociales, politiques. Oui, Canal+ fut en même temps un tremplin. Mais je me suis battue pour le projet, pour sa programmation et les ados ont plébiscité l’émission. Estimant avoir fait le tour j’ai arrêté au bout de 400 épisodes. Aujourd’hui, j’ai l’impression que je ne pourrais pas dire les mêmes choses, avec la même insolence. Le nouveau régime ne permet pas d’être aussi sur les médias. On tirait sur George Bush en 2003, c’était encore provoc, je ne sais pas si j’aurais eu autant de liberté en 2008. Derrière mon personnage, on me laissait parler de politique alors que celle qui m’a succédé évoque la pluie et le beau temps, ce qui est assez dégradant pour la femme que d’être réduite à la météo… J’ai refusé trois fois de la faire sur Canal+, les cumulus c’est pas mon truc. Ce n’est pas l’endroit le plus épanouissant pour une femme dont le désir est d’être actrice.

 

Louise Bourgoin était un nom parmi d’autres ?

Si ce n’est que nombreux sont ceux qui nous comparent. Je crois avoir arrêté à temps, avoir choisi de partir au moment où l’on cassait la baraque. J’emploie le nous, car je n’aurai pas pu le faire sans les auteurs. C’était un travail d’équipe. On pensait pareil, on avait les mêmes idées politiques, les mêmes envies, les mêmes déceptions par rapport à notre génération considérée un peu molle, un peu soumise face des soixante-huitards ayant retourné leur veste et ne veulant plus partager avec la jeunesse. Ils sont où les beatniks ? La Minute blonde c’était un peu la suite de mon retour aux Etats-Unis. Ne voulant pas de ma féminité en France, ne trouvant pas ma place dans une société qui estimait que je n’étais pas actrice, pas plus que mannequin, je suis partie. Et là-bas, je passais pour être une intello. Mais je ne faisais pas recette, n’étant pas assez vulgaire, n’ayant pas les seins assez gros. Je suis donc revenue… Aujourd’hui j’essaie de rester moi-même, je fais du cinéma pour faire plaisir avant tout, pour donner. J’ai l’impression d’être une actrice atypique.

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Les commentaires des lecteurs

Il y a actuellement 1 commentaire.

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  • darius41 Voir le profil de darius41
  • Posté le 06 août 2008 à 16:55:05
  • Après avoir été la blonde de canal, Frédérique Bel a su montrer qu'elle était capable de camper
    d'autres personnages. Dans "Changement d'adresse" en particulier, elle est pleine de sensibilité, et cela lui va parfaitement bien, puisqu'elle est une personne sensible et nature. C'est une actrice atypique, qui joue avec son coeur et pas seulement avec son physique. Je pense personnellement qu'elle ira loin.
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