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John Wayne en mode mineur

Trois parmi les premiers westerns de John Wayne. Généralement plus Z que B, des œuvres qui témoignent de l’état assez pitoyable du genre au début des années 1930.

 

Si, à partir de 1939 avec La Chevauchée fantastique de John Ford, John Wayne devient une grande vedette, il galère pendant une douzaine d’années avant d’accéder à un statut auquel le promet La Piste des géants de Raoul Walsh. Mais, doté d’un budget important, le film est un échec retentissant, condamnant autant sa vedette (John Wayne) que le genre (le western) à des années de purgatoire, à une spectaculaire régression.

Dans les années qui suivent La Piste des géants, des westerns, John Wayne en tourne d’autres. De série B dans le meilleur des cas. De série Z dans la plupart. Comme les seize films qu’il anime pour la firme Monogram entre octobre 1933 et juillet 1935.

Tournés sur trois ou quatre jours, ils bénéficient d’un budget de 10.000 $ et, réduisant les frais au maximum, ne s’autorisent pratiquement pas d’accompagnement musical (sauf aux génériques de début et de fin) et de bruitage. Quant à leur durée, elle n’excède qu’exceptionnellement les soixante minutes.

 

Grand chapeau et cheval blanc

Panique à Yucca CityPanique à Yucca City en dure cinquante-deux, bâclées par un tâcheron. Il n’en fallait pas davantage pour raconter un très classique scénario où un vieux shérif et un jeune pistolero mettent à mal les ambitions d’un potentat local et ses hommes qui affament une ville dans la perspective d’acheter à prix bradé les fermes environnantes. A la clef un vaste gisement d’or…

Faible l’intérêt de Panique à Yucca City où, dans un rôle ultra stéréotypé et chevauchant le cheval blanc du redresseur de torts, John Wayne adresse des sourires passablement niais à la caméra. Obligatoire, l’histoire d’amour compte parmi les plus rapides de l’histoire du cinéma : un ou deux plans et le héros emballe l’héroïne dont les méchants abattent un papa incarné par un acteur si mauvais qu’il rate même sa composition de cadavre.

Famélique, la mise en scène ne vibre que pour les bagarres et des chevauchées orchestrées par une équipe de cascadeurs très capables.

Alors que le bon sens aurait nécessité le couplage du film avec un autre John Wayne, l’éditeur l’exploite en solo, nanti il est vrai de deux versions. L’une dans un médiocre noir et blanc d’époque, l’autre colorisée.

Deux suppléments pointent au menu du DVD. Le plus drôle : un exercice d’autodérision TV où, après du comique Jimmy Durante en officier de la Police Montée canadienne, John Wayne incarne un fugitif. Le plus pédagogique : un épisode de la série documentaire C’est arrivé à Hollywood. Présenté par Vincent Price, qui avoue n’avoir tourné qu’un seul western, il s’attache essentiellement à évoquer le souvenir des premières grandes vedettes du western, de Gene Autry à Tom Mix.

 

 

John Ford et Jimmy Durante à la rescousse

Justice pour un innocentPour les bonus de Justice pour un innocent, retour de Jimmy Durante dans un sketch de son émission où, invité, un John Wayne hilare le contemple à jouer les durs qui, pour l’impressionner et le conduire à un film en commun, réduit en pièces un mobilier trafiqué ! Visiblement sur le tournage de Rio Bravo, le comédien intervient dans un second supplément, emprunté à une émission TV de la fin des années 50. Rejoint par un John Ford qu’il appelle Papy Ford, il y explique notamment son attachement au western. Un genre dont Justice pour un innocent ne compte assurément pas parmi les fleurons.

Produit dans les mêmes conditions que Panique à Yucca City à la différence notable de « luxueuses » prises de vues aquatiques, Justice pour un innocent s’appuie sur le thème du faux coupable qui, évadé de prison et traqué dès sa descente du train, trouve refuge auprès d’une bande de hors-la-loi cachés dans une mine désaffectée. S’il se lie d’amitié avec l’un des pistoleros, il découvre aussi que celui-ci est l’auteur du meurtre dont on l’accuse… Rien que de très conventionnel dans un script qui n’oublie pas la bluette de rigueur, le héros s’entichant d’une épicière évidemment disponible.

Présenté dans une version dont les couleurs artificiellement délavée dissimulent un noir et blanc abîmé également disponible sur le même DVD, Justice pour un innocent tient surtout à deux ou trois cascades habiles qui, sans presque effet de montage ou du coupe, démontrent le savoir-faire des comédiens et de leur doublure.

 

Une bonne bagarre

Le Texan chanceuxSensiblement supérieur à Panique à Yucca City et Justice pour un innocent, La Mine du Texan met en scène un John Wayne pas moins empoté, loin encore d’être l’excellent comédien qu’il deviendra par la suite. Rien de très ordinaire dans son rôle. Celui de Jerry Mason qui, de retour sur les terres de son enfance, prend la défense d’un vieil ami de la famille, fermier et mineur dont un banquier sans scrupule rafle la concession non sans lui avoir déjà piqué ses vaches… A Mason de cogner et dégainer afin de prouver l’innocent du bonhomme de surcroît accusé de meurtre. Difficile de faire plus banal d’autant que le scénario, obéissant à un cahier des charges très précis, ajoute au récit une idylle pas moins prévisible entre le beau cow-boy et la petite-fille… Une vigoureuse bagarre et un travestissement final comme ressort comique singularisent quelque peu La Mine du Texan, un western certes très mineur, mais pas le pire dans les débuts hésitants de sa vedette.

Comme pour mesure le chemin parcouru depuis les années 30 jusqu’à la maturité en passant par l’âge d’or, les suppléments du DVD déroulent pas moins de quinze bandes-annonces des films de John Wayne. Et, forcément, de pas mal de westerns dont celles de La Prisonnière du désert, Fort Apache, La Charge héroïque, Les Cow-boys et La Conquête de l’Ouest.

 

Actuellement disponibles chez Opening/Aventi

Par Marc Toullec (29/04/2009 à 11h54)
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