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Si, aujourd’hui, Disney ajoute en DVD un troisième volume à l’intégrale d’une valeur sûre de son bestaire (Donald), l’éditeur se risque également à rendre hommage à deux figures essentielles et oubliées de son histoire : le lapin Oswald et Ub Ewerks, l’homme par lequel Mickey Mouse naquit en une nuit de coups de crayons.
Certains DVD sont plus précieux que d’autres. Exemple : Oswald le lapin chanceux dont Walt Disney fait justement l’un de ses « Trésors ». Boîtier métal, présentation à la fois soignée et sobre… Bel écrin, mais pourquoi, pour qui exactement ? Pour l’Oswald en question, un personnage que Walt Disney et son plus fidèle lieutenant, Ub Iwerks, imaginent en 1927, à la demande d’un distributeur que les Alice Comedies sur le déclin (la première incursion de Disney dans l’animation) n’intéressaient plus. Et, mis au pied du mur, le tandem de créer un personnage de rongeur espiègle, décalé, précurseur de Bugs Bunny. Pas moins de vingt-six courts-métrages de cinq minutes suivent, montrant Oswald preux chevalier, propriétaire d’une vache mécanique fonctionnant comme une pompe à essence, conducteur d’un trolley, jouant du prestige de l’uniforme pour séduire sa belle, épris d’une danseuse de cabaret… De petits films absolument fous et dont le délire exerce une influence considérable sur Tex Avery. Tout y est permis. Comme de montrer une ombre se battre à l’épée contre le méchant pendant que son « propriétaire » conte fleurette à l’élue de son cœur. Comme de saisir le lettrage des exclamations pour en jouer…
LE COUP DU LAPIN
Le succès des Oswald est considérable. Au point que le lapin égale en notoriété Koko le clown et Félix le chat, les deux stars de l’animation de l’époque. Tout bénéfice pour Disney et Iwerks (première photo à gauche) ? Non, car Universal, son distributeur, le détourne à son profit, en fait sa propriété pendant que son patron débauche l’intégralité de l’équipe. Seul Iwerks refuse et, dans le plus grand secret et l’urgence, crée un nouveau personnage, une petite souris du nom de Mickey Mouse. Une paternité qui lui revient à égalité avec Disney, sinon plus… On connaît la suite. Il faudra attendre 2006, au terme de tractations avec Universal, pour aboutir au retour d’Oswal au bercail. Terme de la négociation entre les empires NBC et ABC : le lapin reconduit dans son terrier d’origine contre l’échange d’un commentateur sportif très populaire, Al Michael. Une histoire folle, méconnue racontée dans le bonus Le Retour d’Oswald chez Disney. Un puits d’informations inédites. Et, dans ce domaine, La main derrière la souris constitue un documentaire de long-métrage assez exceptionnel, évocation du parcours d’Ub Iwerks par sa petite-fille, une Leslie Iwerks poussée par le désir de sortir le nom de son grand-père de l’anonymat.
BEL HOMMAGE
De la rencontre de Walt Disney, compagnon de la galère de la première heure, aux effets spéciaux visuels des Oiseaux d’Hitchcock en passant par son passage chez Warner Bros et le mélange animation prises de vues réelles de Mary Poppins, le documentaire souligne l’importance de la place d’Ub Iwerks dans l’histoire du cinéma américain. Un artistique prolifique doublé d’un inventeur génial et d’un ami sincère. Grand bonhomme dont les Mickey révèlent une conception hargneuse, cruelle et adulte du personnage.
Trois Mickey (les premiers) figurent parmi les suppléments : Plane Crazy, Steamboat Willie et Skeleton dance. Y trouvent également leur place autant de Alice Comedies, récits des aventures d’une gamine de quatre ans (en prises de vues réelles) dans un univers animé. Des curiosités.
AU FINAL…
Les autres suppléments participent aussi au devoir de mémoire de l’édition. Par les passionnants commentaires audio ajoutés sur six Oswald, exercice notamment assuré par l’animation Mark Kausler et Leonard Maltin, le directeur de l’édition. Des archives du Lapin Chanceux, les bonus exhument également les esquisses animées d’un court-métrage à priori perdu à jamais, Sagebrush Sadie.
Quant aux treize Oswald du tandem Disney/Iwerks (les autres ne portant pas leur signature), ils bénéficient des masters noir et blanc les meilleurs possibles et d’un accompagnement musical contemporain signé Robert Israel, expert en « couverture » du cinéma muet.
Entre divertissement et pédagogie, sur deux disques, les presque trois heures dévolues à Oswald le lapin chanceux honorent Disney de l’une de ses meilleures éditions DVD. D’autant mieux qu’aucune batterie promotionnelle ne vient parasiter le devoir de mémoire.
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