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L'ennemi public selon John Milius

DillingerJohnny Depp ressemble-t-il à l’authentique John Dillinger ? De tous les interprètes de l’ennemi public n°1 à l’écran (une douzaine), il est sans doute celui qui lui ressemble justement le moins. Certainement pas un obstacle dans la crédibilité de sa prestation.

En revanche, en 1973, Warren Oates passe pour le frère jumeau du gangster tant les deux hommes possèdent des traits communs. Un choix judicieux au centre de Dillinger, reconstitution fidèle des dernières années de la « carrière » du braqueur de banques par John Milius et des producteurs envieux du succès récent de Bonnie & Clyde.

 

De Bonnie Parker et Clyde Barrow, il en est justement question dans les dialogues de ce Dillinger-là où apparaissent d’autres bandits de légende. Baby Face Nelson (incarné par Richard Dreyfuss), Mitraillette Kelly… Des figures que John Milius, future réalisateur de Conan le Barbare, préserve de toute vision romantique.

A la sacralisation, il préfère le tableau réaliste de l’époque, des années 30 de la Grande Dépression dont les photographies reflètent, en fond de générique, la violence économique. De la visite d’une bourgade sinistre à une fête rurale pas moins triste, Milius approche l’Amérique des Raisins de la colère de John Ford. Facile, dans ces circonstances, de faire des gangsters des Robin des Bois, mais le réalisateur y résiste. Ce sont plutôt des individualistes, sociopathes, des hommes qui meurent en pleurant, en appelant des secours ou qui tombent sans avoir eu le temps de dégaîner, qui tirent aussi dans le tas lors de fusillades dont John Milius emprunte autant la chorégraphie et les ralentis qu’à Sam Peckinpah et à l’Arthur Penn de Bonnie & Clyde.

 

Avec finalement peu de moyens, il parvient à restituer l'atmosphère d'une époque, de ses tripots, y ajoutant ses tacots qui foncent, ses véritables batailles rangées entre malfrats et flics… Des faits d’armes de ses débuts de cinéaste, il aurait été judicieux que John Milius en parle dans une interview, des commentaires audio. Rien de tout ça, l’édition ne limitant au strict minimum éditorial. Et technique avec un master souffrant d’un fort déficit de résolution.

 

Disponible chez Universal

Par Marc Toullec (28/06/2009 à 18h41)
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