Formé, comme tant d'autres, sur des séries B, dont une poignée de productions Roger Corman, l'ancien assistant de production Howard McCain n'est pas du genre à baisser les bras aux premières difficultés. En témoigne le parcours d'obstacles effectué à l'occasion de Outlander, adaptation cachée et détournée vers la science-fiction de la légende de Beowulf.
Pas vraiment. La genèse de Outlander remonte à plus loin. A mes années d’études universitaires. J’y ai découvert la légende nordique de Beowulf, un récit épique dont l’un des grands intérêts repose sur un monstre, Grendel. A l’époque, surtout préoccupé de décrocher mes diplômes, je n’avais encore aucune ambition de faire du cinéma. Ce n’est qu’après mes études de littérature anglaise que je m’y suis orienté en m’inscrivant au département cinéma de l’Université de New York. Un jour, après que j'en sois sorti, je découvre en kiosque le magazine Archaeology Today dont la couverture montrait la réplique d’un drakkar viking. Celui d’un grand navigateur scandinave parti de Norvège et arrivé dans le Nord de l'Amérique. Quelque chose qui m’a remis Beowulf en mémoire. Je me suis alors dit : « Et pourquoi pas un film sur la légende de Beowulf ? ». Nous étions en 1992 et c’était bien avant la vague de films équipes qui allait déferler sur Hollywood. Bien avant Le Seigneur des anneaux, avant même Gladiator et Braveheart… Tout en voulant garder le personnage fantastique de Grendel, j’ai réfléchi à un scénario solidement enraciné dans la réalité historique de l’époque. « Peut-être Grendel n’est pas une créature imaginaire, mais un être tangible ? Peut-être vient-il d’une autre planète », me suis-je interrogé. Mon but était d’inventer une vérité derrière la légende de Beowulf, de la rationaliser… Un peu plus tard, je me suis à l’écriture d’un scénario.
Oui, surtout que mon agent m’a prévenu que Beowulf ne comptait pas les livres qui laissent le meilleur souvenir aux étudiants, tant il est difficile à lire. Un vrai repoussoir selon lui. J’ai donc choisi de maquiller quelque peu le script, le titre Beowulf se transformant en Outlander, Grendel s’effaçant au profit du Moorwen, un nom qui renvoient aux Morlocks, les mutants du roman d’H.G. Wells, La Machine à explorer le temps… De Beowulf, j’ai cependant gardé quelques noms, notamment celui du roi incarné par John Hurt, Rothgar. En 1996, Dirk Blackman et moi sommes arrivés à un première version du scénario. Pas très bonne je l’avoue. Ce n’est que trois ans plus tard que nous avons abouti à quelque chose de satisfaisant. Si satisfaisant que nous avons fait la tournée des studios dans l’espoir d’un financement, même si, pour ma part, je n’avais pas une grande expérience du cinéma, sinon un passage chez Roger Corman. Bien que les studios ont bien accueilli Outlander, le considérant bien fichu, tous ont jugé que l’idée était trop folle. En clair, les producteurs étaient prêts à nous donner du travail, à nous confier la rédaction de scripts, mais vraiment pas d’accord à mettre sur pied le projet pour lequel nous étions là. Les années ont passé et j’ai rencontré Patrick Tatopoulos, un franco-grec très sollicité pour ses designs de créature. Je lui ai raconté le scénario de Outlander et il m’a répondu par des dessins, puis une maquette représentant le Moorwen. Une manière de pousser le projet. D’autant plus généreux qu’il ne m'a pas demandé un seul dollar. Aujourd’hui, dix ans plus tard, c’est pratiquement le même monstre qui apparaît à l’écran. Les choses se sont alors un peu accélérées. D’abord avec Renny Harlin qui a brièvement cherché à faire du film un gros budget dont il aurait été le réalisateur. Un échec. Puis la société allemande Constantine Film nous a offert un gros paquet de dollars contre les droits du scénario où le héros aurait été remplacé par une espèce de Ripley armée d’une grosse pétoire ! Très peu pour moi. Ce n’est que fin 2003, début 2004 que ma femme, qui fut productrice d’Emprise de Bill Paxton, a rencontré John Schimmel d’Ascendant Pictures, une société en quête de films de genre à petits et moyens budgets. John Schimmel étant prêt à parier sur moi en tant que réalisateur, Outlander a alors commencé à prendre forme. Il était temps !
Je ne vous le fais pas dire ! Le budget était tel, les délais si réduits que nous avons vraiment souffert à le tourner. Il fallait sans cesse ruser, improviser des solutions rapides, trouver des endroits où il ne coûte pas cher de tourner. Comme cette ferme de Nova Scotia, au Canada. Non pas qu’elle donne parfaitement l’illusion de la Norvège, mais le propriétaire n’était pas gourmand sur le plan financier. N’empêche que les gars les plus costauds de l’équipe technique se sont transformés en bucherons et que, ce supposé village viking, nous l’avons construit avec des arbres abattus de nos propres mains. En clair, nous n’avions pas les moyens de nous payer les services de vrais et solides bucherons professionnels ! N’empêche que je reste fier de ce que nous avons réussi à faire avec un budget si serré. C’est également au prix de gros sacrifices, de coupes sévères dans le script. A l’origine, Outlander aurait dû être plus long de vingt minutes. J’ai dû tailler dans le début, dégager toutes les scènes à l’intérieur du vaisseau dont les deux occupants affrontaient un ennemi invisible… Du coup, le film débute plus brutalement que je ne l’avais conçu au départ.
Amusant, puisque j’ai écrit le scénario du prochain Conan ! Ce n’est pas tant sur Robert Howard que tire Outlander, mais sur les couvertures de ses romans, la plupart dessinées dans les années 60 et 70 par Frank Frazetta. Une référence parmi tant d’autres. D’allusions, le film en regorge ! Comme la scène du prêtre tué par le monstre : un emprunt direct à La Guerre des mondes de Byron Haskin.
Vous m’embarrassez ; je n’ai jamais vu Les Survivants de l’infini ! L’aspect de cette planète, une vaste étendue où des arbres géants se sont fossilisés à la suite de la chute d’un météorite, je l’ai emprunté à une photo qui m’a frappé durant mon enfance. Elle représentait une toundra sibérienne dévastée au terme de la chute d’un météore justement. Une heureuse coïncidence que ce paysage d’apocalypse évoque Les Survivants de l’infini. Par contre, c’est intentionnellement que je cite Les Vikings de Richard Fleischer. A deux reprises, à travers d’abord la tour au centre du village, avec cet arbre à l’intérieur, et ensuite la séquence de course sur les boucliers tenus à bout de bras par les guerriers. Un double hommage de notre part.
Outlander n’a pas la prétention d’être d’une authenticité historique sans faille. Il mêlerait plutôt des éléments historiques à d’autres imaginaires. Une démarche consciente de notre part. Avant de tourner, je me suis néanmoins documenté, en visitant la Norvège à plusieurs reprises, en passant des heures dans des musées spécialisés dans l’époque Viking. Là, à Oslo, j’ai pu contempler la réplique exacte d’un drakkar sur lequel je me suis beaucoup appuyé. Nous avons aussi largement puisé dans un gros livre que je possède depuis une douzaine d’années. Toutes les photos d’artéfacts vikings qui y figurent, depuis les casques jusqu’aux outils du quotidien en passant par les tatouages et maisons, nous ont considérablement servis. Une inépuisable réserve d’accessoires !
Disons que je ne voulais pas d’un monstre humain à la Grendel, pour lequel on puisse éprouver de l’empathie, voire de la sympathie. Je tenais plutôt à une authentique machine à tuer, à un prédateur qui soit un animal en provenance d’une autre planète. Cependant pas question que le Moorwen présente trop de traits communs avec l’Alien de Giger. Dans un contexte pareil, cela ferait tâche ! Il fallait un monstre qui aille dans la direction de la mythologie viking, du panthéon des dieux scandinaves et, à ce titre, le Moorween ressemble à un dragon. Ce qui le rend d’autant plus crédible dans la Norvège des années 700.
Oui, malgré un budget de 7 M$ alloués aux effets spéciaux visuels. Tout n’est pas réussi, mais je crois que les effets spéciaux du Moorween tiennent vraiment la route. Surtout quand on les compare à ceux, vraiment raté, de Je suis une légende dont l’enveloppe se monte à 150 millions de dollars ! Ironiquement, je crois que les créatures du prochain James Cameron, Avatar, possèdent, comme notre monstre, des caractéristiques bioluminescentes. Je me demande combien elles ont bien pu coûter !
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