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Kôji Wakamatsu, la lutte continue

  • Kôji Wakamatsu, la lutte continueA la fin des années 60, le Japon est secoué par de grands mouvements estudiantins. Une contestation violemment réprimée par la police et marquée par l’émergence d’une extrême gauche radicale. Le cinéaste Kôji Wakamatsu, qui débuta sa carrière en 1965 après avoir fait lui-même quelques années de prison, revient sur ces révolutionnaires et leur folie meurtrière. Avec United Red Army, il relatant les faits dans leur froide et tragique réalité, mêlant images d’archives et reconstitution.

     

  • Par Xavier Leherpeur (04/05/2009 à 09h37)
Qu’est-ce qui vous a poussé à faire ce film et revisiter cette période trouble ?

D’abord je connaissais bien le fait-divers du chalet d’Asama et avais envie de l’évoquer depuis longtemps. Mais c’est surtout la colère survenue à la vision d’un autre film japonais, réalisé il y a quelques années sur le même thème, qui m’a motivé. J’ai eu envie de dire et surtout replacer dans leur contexte les choses telles qu’elles étaient vraiment survenues,. Me placer au plus proche de la vérité et du point de vue des étudiants et non pas, comme c’était le cas de l’autre production, de celui de la police. L’autre film donnait clairement raison à la police et montrait les étudiants comme de purs et simples criminels, alors que c’est beaucoup plus complexe. Je ne nie absolument pas les crimes dont ces derniers se sont rendus coupables, mais il était selon moi important de relater les raisons et les causes les ayant conduit à de tels agissements. Montrer leur cheminement et expliquer ce qui les a conduit à tuer deux policiers et prendre en otage des innocents.

Vouloir aller contre l’opinion générale issue comme vous l’affirmez de la propagande gouvernementale et désignant ces étudiants comme des criminels, vous a-t-il fait rencontrer une forme quelconque de censure ?

Au moment du premier montage, le film durait plus de cinq heures et beaucoup de mes amis m’ont conseillé de le réduire encore un peu. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai coupé plus de deux heures des scènes de purge dans le camp d’entraînement. Mais ce n’est en aucun cas de la censure, cela venait de ma propre volonté. Donc hormis des contingences d’exploitation du film, j’ai vraiment fait le film que je voulais. Le problème est bien évidemment venu du financement du film car personne en voulait mettre de l’argent dans un tel projet. J’ai donc fait un appel de fond auprès de mes proches pour soutenir le film. J’ai hypothéqué ma maison et ma salle de cinéma. Du coup, l’équipe a été extrêmement réduite, chacun occupait différentes fonctions et le tournage fut souvent exténuant, d’autant plus que nous tournions en hiver.

Pourquoi avoir mélangé images d’archives et reconstitution fictionnelle ?

Il est difficile d’expliquer certaines choses qui s’imposent d’emblée lorsque vous commencez à mettre en place un tel projet. Je suis conscient de ce mélange et en termes d’images, de lumière, de tonalité de couleur ou même de montage, il est évident que cela a inspiré mon travail de mise en scène afin de trouver une synergie entre les deux. Il était important pour moi d’inclure des images d’archives d’abord pour évoquer certains événements dans leur objectivité et pour que le spectateur sache toujours à quel moment opère la fiction et donc à quel moment mon point de vue s’exprimer à l’écran.

Concernant la partie ‘fiction’ du film, à partir de quels éléments l’avez vous développée ?

Pour la première partie, celle du camp d’entraînement, je me suis évidemment basé sur des témoignages et des récits qui sont nombreux. En ce qui concerne ce qui s’est passé dans le chalet d’Asama, il n’y avait en revanche aucun écrit. Les cinq personnes ayant été les acteurs de drame ont toujours refusé de s’exprimer. Parmi elles, il y en a un que j’ai rencontré trois fois en Palestine où je me rends souvent et où il demeure désormais. Lors des deux premières rencontres, il a refusé de me parler de ce qui s’était passé dans le chalet. En revanche, la troisième fois, il a accepté de tout me raconter car il venait de mettre un terme à ses agissements au sein de l’armée rouge japonaise pour s’engager auprès de la lutte palestinienne. Et il se sentait enfin libre de tout me dire.

Comment avez-vous travaillé avec les comédiens qui ne sont pas de cette génération d’étudiants ?

Les comédiens n’ont pas connu cette période. Mais je leur ai demandé de s’identifier aux personnages et de réagir comme ils le feraient face à de telles circonstances. Comme je vous le disais précédemment, pour ce film, nous n’avons bénéficié d’aucun des conforts habituels d’un tournage. Il n’y avait pas de coiffeur, de maquilleur ou d’accessoiristes… et ce sont les acteurs qui ont vraiment composé leur rôle à partir d’eux-mêmes et en intégrant des éléments de leur quotidien. Ensuite, ils me proposaient différentes choses et termes de jeu et je les validais ou non…

Quel a été l’accueil critique et publique du film au Japon ?

La critique a été dans une majeure partie bienveillante avec le film qui a trouvé son public en salles. D’abord auprès de toute une génération de jeunes spectateurs qui a pu ainsi découvrir une histoire qu’elle ne connaissait pas. D’autre part, le film a également déculpabilisé celle qui avait connu et participé aux manifestations et qui a enfin trouvé le courage de dire qu’elle s’était impliquée dans ces mouvements politiques. Alors que depuis trente ans, c’était totalement tabou.

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