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Cinéma > Interviews écrites > Penélope Cruz croit en Pedro

 

Penélope Cruz croit en Pedro

  • Penélope Cruz croit en PedroPenélope, un nom magique. Il résonne comme une incitation la passion. L'actrice espagnole a reçu l'oscar du meilleur second rôle féminin en le 27 février pour son personnage dans le film de Woody Allen, elle sera bientôt à l'affiche, avec Marion Cotillard et d'autres du Nine de Rob Marshall. Pedro Almodóvar l'adore. Ensemble ils ont déjà tourné trois films, dont un Volver qui fit pleurer dans les chaumières. Etreintes brisées est le quatrième. Le duo était sur le Croisette pour le défendre. Nous aussi.

     

     

  • Par Gwen Douguet (11/05/2009 à 13h00)
Jeune, vous aviez déclaré savoir que vous alliez un jour croiser Pedro Almodóvar, c’était il y a plus de dix ans et il est toujours là ?

Et j’en suis plus que heureuse. Ses films ont bercé mon adolescence. Mon envie de devenir actrice est venue après la vision de Attache-moi.

 

A-t-il changé au fil des ans comme réalisateur ?

Tout le monde change, si ce n’est que sa passion est restée intacte, aussi ardente. Quand il est sur un plateau, tout s’arrête autour de lui. Il respire, pense, vit à travers le cinéma. Il est l’un des rares qui puisse parler des relations entre les hommes et les femmes d’une façon aussi profonde. Il a cette faculté à rendre la nature humaine poétique, à la métamorphoser en art en mélangeant les genres. Ses films m’inspirent, sa vision du monde m’impressionne, m’intéresse. Je m’identifie, éprouve la même sensation.

 

Pedro est-il une sorte de voyeur de l’âme ?

Il le faut pour être un bon réalisateur. Son voyeurisme explique sa façon de comprendre les femmes, de les dépeindre. Il observe tout le temps, ressent les choses, est incroyablement curieux du comportement humain.

 

Tout homme a un côté féminin, mais le sien est-il plus développé que chez d’autres ?

Il pense que les femmes sont compliquées à leur manière, plus mystérieuses.

 

Il vous compare à une pouliche sauvage...

Cette comparaison me plaît, j’aime effectivement cette sensation de liberté.

 

La liberté des femmes est l’un de ses thèmes préférés.

C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles je le respectais tant plus jeune et encore plus aujourd’hui. Née en 1974, un an avant la mort de Franco, la liberté est arrivée plus tard. Elle voit le jour en Espagne dans les années 80, grâce à des artistes comme Pedro. Il s’est battu contre l’oppression, pour faire entendre sa voix. Les artistes craignaient souvent de protester, pas lui. Il l’a fait avec talent. Sa contribution à l’art n’est pas que cinématographique, il a aidé à la révolution sociale du pays. Sa bravoure, son courage, ont modelé le pays dans lequel j’ai envie de vivre.

 

Même aujourd’hui, quand vous voyez des milliers de personnes dans la rue protestant contre l’avortement ?

C’est vrai. Mais mon pays a été l’un des premiers à approuver le mariage des homosexuels, il a protesté en masse contre la guerre en Irak. Ces réactions me rendent fières.

 

Pedro Almodóvar vous a-t-il ouvert les yeux, pour reprendre un titre de vos films ?

Sans aucun doute, à sa façon. Mais notre relation ne tourne pas seulement autour du travail. Pedro est un ami, comme un membre de la famille. Je trouve très beau d’avoir une telle relation avec un réalisateur.

 

Etreintes brisée est un film très sensoriel ?

Parfaitement d’accord. La scène du baiser, des mains posées sur l’écran, est incroyable, l’une des plus belles de tous les films de Pedro.

 

C’est également un film sur notre propre aveuglement ?

Ce que nous ne voulons pas voir. C’est une belle métaphore

 

Autre thème cher à Almodóvar, le désir ?

Il est très présent dans son travail, dans tous ses films, dans sa vie, ses moindres expériences et j’ai trouvé formidable que sa société de production s’appelle El Deseo (le désir).

 

Il adore la vie mais parle tout le temps de la mort ?

J’ai été morte dans trois de ses films.

 

Et l’on pense à sa propre mort ?

Elle fait partie de la vie. Mais si je n’ai jamais peur de mourir dans un film, je suis en revanche plus inquiète pour ma famille.

 

Cela amène à Dieu. Est-ce qu'il ne l’aime pas trop ?

Il est plus anticatholique. Je ne suis d’ailleurs pas d’accord avec des tas de choses défendues par l’église catholique. Je respecte tous les symboles, ce que les gens pensent, croient.

 

Vous croyez ?

Je crois en Dieu, à ma façon. J’aime étudier les autres religions, trouve insensé certains propos de l’Eglise catholique comme ceux du pape dernièrement sur le préservatif.

 

Cela n’a rien à voire, au contraire, mais vous pensez au désir que vous créez chez les autres, chez les hommes en particulier ?

Non, car seul le personnage importe. L’éventuel désir qu’il peut susciter, l’énergie qu’il doit avoir. Vous n’êtes qu’un instrument à son service et moins votre ego entre en jeu, se met en travers et meilleur vous êtes.

 

Mais vous n’êtes pas qu’un seul outil ?

L’important est de sentir que vous pouvez devenir de l’argile, de la glaise entre les mains du réalisateur afin qu’il puisse vous modeler à sa convenance, à son idée. Il faut vous laisser aller avec votre cœur, votre esprit, votre intellect tout en comprenant ce que vous faites et en ce sens j’ai une totale confiance en Pedro. La sincérité est la pierre angulaire du jeu. Vous devez comprendre sans être obliger d’approuver votre personnage. Mais plus vous cette compréhension est forte plus le rendu sera convaincant.

 

Vous avez joué avec Woody Allen (ndlr – dans Vicky Christina Barcelona), peut-on comparer la vision qu’ils ont des femmes ?

Tous les deux pensent que nous sommes dérangées, névrosées.

 

Et eux, le sont-ils ?

Qui ne l’est pas, mais ils savent peindre, dépeindre de belles névrosées. J’ai une profonde affection, une grande attirance pour ce genre de réalisateur.

 

Il y a quelque temps Pedro avait émis une sorte de souhait, « vieux », disait-il, « j’aimerais me retrouver sur une île avec toutes les actrices, elles me bichonneraient et feraient toutes les choses que je déteste », vous pourriez débarquer sur cette île ?

C’est trop drôle. Bien sûre que j’irai, juste pour vivre cette expérience.

 

Y a-t-il certains de vos personnages que vous n’inviteriez pas à dîner ?

Je me sentirais coupable de ne pas le faire. Cette idée m’amuse. Je serais assez curieuse de leur parler, de leur poser des questions.

 

Jeune, on vous appelée « la sorcière » ?

Encore aujourd’hui, à commencer par mes amis.

 

Et alors ?

(rires)

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