Ce 5 juin restera à jamais marqué dans l'histoire du cinéma. C'est la première fois qu'un film sort simultanément dans plus de 130 pays, qu'il est visible dans les salles obscures, à la télévision, sur Internet et ce gratuitement. Tel est le destin de Home. Produit par Luc Besson et François-Henri Pinault pour quelque 13 millions d'euros, le film citoyen de Yann Arthus Bertrand arrive en ce jour consacré à l'écologie. Rencontre avec le réalisateur.
J’aime bien les projets qui, au départ, me dépassent un peu, comme La Terre vue du ciel. Ce film était impensable dans le sens où il me fallait trouver un partenaire. Je souhaitais qu’il soit distribué gratuitement afin que l’on ne calcule pas le succès en millions de dollars comme il est de coutume mais en nombre de spectateurs. C’est un film activiste. Tout le monde devrait le voir, essayer de comprendre.
Tout à fait. D’où l’intérêt de le montrer le plus possible. Après chacun en fait ce qu’il veut. Il y a un côté pédagogique, documentaire que j’assume complètement. On n’en sort pas en ayant vu une belle histoire, ce n’est pas du roman, juste notre histoire, la vérité pure et dure.
Aujourd’hui plus qu’avant. J’ai une fondation, on me demande de parler d’économie, tout est lié. On ne peut plus parler d’environnement sans évoquer la crise économique, les dégâts écologiques résultent de cette surconsommation. Le pétrole très cher va inéluctablement transformer notre vie, peut-être dans dix, vingt ans ? Qu’est-ce que dix ans pour quelqu’un comme moi ? Rien. Un pétrole à 500 dollars le baril implique simplement une vie différente. J’essaie simplement de faire comprendre qu’il est impossible de faire autrement. Le pétrole existe, il y en a, quand il faudra aller le chercher dans les schistes en cassant des rochers cela sera très dur et très coûteux. Impossible d’avoir des barils à 4 dollars en pompant simplement en Arabie Saoudite. Sa transformation sera nécessaire et compliquée.
Il y en aura toujours. On peut éventuellement se dire que l’on ne touche plus aux forêts, mais nous avons tellement besoin du pétrole. Il est possible d’arrêter de couper du bois mais nous sommes aujourd’hui incapables de vivre sans le pétrole, notre vie entière en dépend. Avant 1900, 50 % des Français étaient agriculteurs, aujourd’hui ils ne sont plus que 1,5 %.
Je n’en parle pas dans le film, mais je suis contre une mise en place immédiate. Il faut attendre. Il y a du bon et du mauvais, comme le nucléaire. Si ce n’est qu’il faut faire attention. Cela peut être très dangereux avec un accident comme celui de Tchernobyl. Malheureusement nous ne pouvons faire autrement et, un jour, nous en aurons besoin. Je ne suis pas un écolo, mais juste très pragmatique. L’écolo que j’étais il y a vingt ans a évolué. Je n’étais pas du genre à m’enchaîner à des centrales nucléaires…
Je suis d’une petit village dans l’Allier et votais pour lui. Lors des élections je voyais, René Dumont, une voix. Je pensais qu’il avait raison avant tout le monde. Nous sommes tous aujourd’hui ses enfants et ceux de quelques autres. Ils se sont battus, souvent un peu dans l’indifférence générale. On se moquait alors que l’on se rend compte aujourd'hui qu’il ne se trompait pas sur beaucoup de choses.
Nous sommes plus écoutés. Je suis un activiste reprenant les informations que l’on voit dans le monde relatant des réunions de scientifiques. Il est impossible de ne plus les croire. Je pense simplement que ces mêmes scientifiques ne montent pas assez au créneau.
Je suis contre ce qu’il dit et en même temps il a raison sur certaines choses. J’ai tendance plutôt à croire les 98 % des scientifiques qui nous disent attention plutôt que les 2 % restants. Allègre ne dit pas que des bêtises, exemple le Kilimandjaro. Il pense que le réchauffement n’est pas dû à l’homme, pourquoi pas ? D’accord, mais il n’empêche que nous sommes pas à la merci d’un dérèglement climatique. Si les incendies en Australie, les deux tempêtes de l’hiver en France, ne résultent pas d’un dérèglement climatique, que dire d’autre ? Sans parler des problèmes sur la biodiversité, les insectes qui éclosent plus tôt de telle sorte que les oiseaux n’arrivent plus à se nourrir… Les scientifiques sont en train de découvrir plein de choses et il est impossible de revenir en arrière facilement. Les phénomènes s’installent et peuvent d’une telle inertie sur la planète. Ne pas y croire permet de vivre comme aujourd’hui en se disant que nos enfants auront sans doute une meilleure vie que la nôtre. Ne pas vouloir voir, le croire c’est presque du négationnisme.
A partir de cette date, il sera sans doute impossible de revenir en arrière. Tout est très compliqué. Il est difficile de prévoir la météo du lendemain alors comment peut-on voir si loin ? Nous nous sommes basés sur une économie de consommation tellement forte, la croissance est tellement indispensable, qu’il n’est pas facile de changer de système. Pouvons-nous y arriver, va-t-il y avoir un sursaut ? Pas facile de répondre. L’opinion publique n’a pas de vision si ce n’est celle du quotidien, celle de garder son emploi, de vivre mieux. L’homme politique est seulement motivé par une réélection ; nous manquons d’hommes politiques courageux. Peut-être Obama, mais je n’y crois qu’à moitié. C’est celui qui, en tout cas, le dit le mieux.
Les gens ayant signé devaient s’engager à ce que la réduction des gaz à effets de serre prennent effet en 2010, or l’Espagne a augmenté les gaz à effets de serre de 40 %… Tout est à revoir, mais tout est un ensemble. A ma naissance nous étions deux milliards et nous sommes aujourd’hui plus de six milliards. Ma manière de vivre n’a rien à voir avec celle de mes parents. Mon père a dû prendre deux fois l’avion dans sa vie, j’embarque régulièrement. J’ai vingt appareils électriques dans ma cuisine, mes parents n’en n’avaient pas. J’ai trois voitures, mon père en avait une pour le bureau et on prenait la 404 familiale pour partir en vacances. On consomme tellement plus aujourd’hui, c’est inouï.
Absolument. On a eu le bois, le charbon, le pétrole… Tout le monde sait ce que nous disons dans le film, c’est marqué dans les journaux tous les jours, si ce n’est que nous faisons comme si cela n’existait pas. On parle de l'extinction de la Terre comme si on lisait un programme de télé… On achète des maisons, on cotise pour une bonne retraite, on cherche à donner une bonne éducation aux enfants, mais la vision écologique, personne ne veut le comprendre. Je suis certain que le monde sera très différent dans vingt ans et on ne l’accompagne pas.
Je l’explique avec mes images, lui le fait avec ses mots. J’essaie d’expliquer. En même temps l’histoire est passionnante. J’ai adoré faire ce film.
Pas facile. Notre manière de vivre, notre société crée une course en avant. Je ne sais pas si le confort nous rend plus heureux mais tout de même, la démocratie, la santé gratuite, l’école gratuite y contribuent. Deux milliards de gens travaillent tous les jours la terre pour nourrir leurs enfants alors que nous vivons dans un paradis. Ils sont les premiers à souffrir du réchauffement. Cette manière de raconter m’a transformé.
Oui, mais il ne devrait pas y avoir une semaine de l’écologie cela devrait être toute l’année. Nous sommes très loin d’une vraie prise de conscience et encore dans la bonne conscience. Nous sommes à des années-lumière de ce que l’on devrait faire. Je crois énormément à la société civile, aux associations, à l’homme citoyen. Le changement viendra de là, pas des politiques. On a les hommes politiques que l’on mérite. Dès que quelqu’un dérange un peu, terminé.
Je suis une éponge, je n’ai rien inventé. J’ai peut-être une conscience écologique due à ma vie, ma profession. Ce que je dis, tout le monde le sait. Nous consommons cinq fois plus de papier que dans les années 50 et tout est à l’avenant. 50 % des produits d’agriculture sont jetés. Est-il normal que l’on imprime 110 000 exemplaires d’un journal sachant qu’il y aura tant d’invendus ? On s’habitue à ce gâchis. Il y a un manque de bon sens. Le monde peut changer par la compassion, le regard de l’autre, le partage. Je crois en l’homme.
Pas du tout. Plus ça va et Dieu est dans chaque homme on est tous des petits dieux. Les mayas se tournaient vers Dieu quand cela déconnait. Aujourd’hui on se tourne vers les scientifiques, mais ils ne changeront pas le monde. C'est nous qui le changerons.
C’est un film qui porte beaucoup d’ambition, il ne m’appartient pas vraiment, la Terre non plus, ces chiffres non plus. Le film n’a pas de copyright de manière à ce que tout le monde puisse s’en servir.
Oui je suis un émotif, j'ai la larme facile.
Des gens ont inscrit l’écologie au cœur de leur conscience, ce qui veut dire quand tu fais quelque choses, tous les actes quotidiens ne sont pas forcés, ils deviennent naturels. Les efforts sont faits facilement car ils sont au cœur de la conscience, ils rendent heureux. Naturellement. Aujourd’hui, il y a quelques personnes qui essaient d’agir autrement et ce sont souvent des gens simples.
Chacun amène sa pierre. La chance de faire du cinéma, de la télé, d’être un peu connu me permet de donner un sens à ma vie. J’aurais payé pour faire ce film. Depuis fin avril je suis nommé ambassadeur de bonne volonté par les Nations unies pour l’environnement, cela me permet de rencontrer un ministre, de parler plus facilement.
Il est beaucoup trop tard pour être pessimiste.
| Sujet | Auteur |
|---|---|
| Dossier Simpson | KygO |
| Conspirations et Complots | HyperLourd |
| vos Walt Disney préférés | HyperLourd |
| Arf, c'est toujours aussi mort ici ? | Frederic |
| Un an d'ancienneté sur TLC... | Zeus |
| l'an 2012 ? | BADMOFO |
| James Bond | Lord-of-babylon |
| Je vais te dire un secret | HyperLourd |
| Star Wars - l'Attaque des Clones - ... | Spock |
| petites critiques humoristiques | HyperLourd |